Alix Lerman Enriquez

Ricochets     


Non je ne te jette pas la pierre.
J’ai avec moi des restes
de roses blessées
que tu m’as laissées inertes
sur le col de mon manteau rapiécé.

Celui que je portais enfant
par les rudes froids d’hiver
et que la mer était encore glacée
aussi bleue qu’un ciel de nuit,
aussi bleue que le manteau
que je portais enfant.

Lorsque les cristaux de neige
faisaient comme des perles de verre
dans nos poches trouées                           
dans mes mains rapiécées de silence
et que je les regardais hébétée
de froidure et de peur.

Non, je ne te jette pas la pierre.
J’ai quarante ans et des poussières.
Peut-être plus encore.
J’ai pardonné ton silence et ta peur.

J’ai lancé les quelques galets
de ta plage d’enfance au fond de la mer.
Et j’ai observé ses ricochets en silence
qui gravaient ton regret pour l’éternité.





Née à Paris en 1972, Alix Lerman Enriquez s’adonne depuis très longtemps à l’écriture poétique. Elle a publié plusieurs recueils de poésie : Météores (La Bartavelle, 2005), Les territoires de la nuit pourpre (Do Bentzinger, 2012), À Contre-jour (Hervé Roth, 2013), Les fruits blets de ma solitude (Flammes Vives, 2014) Herbier d’errances (Flammes Vives, 2016) et Au-delà de la nuit  (Les poètes français, 2016). Son blog : Perles de poésie.

5 commentaires:

  1. Ce poème est une merveille.
    On en entend presque la musique.

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  2. Oui, je viendrai le relire, encore

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  3. Je l'ai relu
    .......
    À haute voix. Je suis subjugué.
    Et je l'ai partagé. Merci .

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  4. Belle poésie, dense. J'ai pensé à César Vallejo et à F. G. Lorca, pour le lyrisme grave qui s'en dégage? Michel Diaz

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