Asteln


Mai sauvage

J’avais envie de coucher avec toi
Sur le papier
Déshabiller ta pensée
Que tu découvres la mienne
Jouer à étreindre une idée
À en refouler une autre
Jouer avec la langue
Avec une langue maniérée
Savante et audacieuse
Ni humide, ni sèche
Bien que pimentée
Et donner à cette parade scripturale
Le rythme d’une passion
Mais comme je n’avais pas de papier
Ni de crayon
Et que tu n’étais pas là
J’ai changé d’envie

°

J’ai eu envie de t’embrasser longuement
De ces baisers qui impliquent la langue
C’était à l’enterrement d’Arthur
Un autre Verlaine
Ton oncle très malade
Puis c’était dans une crêperie
Qui servait ses plats sur la rivière
Puis c’était au concert privé
De monsieur Joseph Arthur
Puis c’était la veille de chaque examen
Qui jetait la foudre dans ton décolleté
Puis c’était lors si je me souviens bien
De ta soutenance de thèse
Puis c’était à ton mariage
Dans les vivats des convives
Et le gâchis de basmati
Puis maintenant qu’on t’enterre
Mes baisers sont un peu refroidis
Mais je n’ai pas changé d’envie






Né « le vingt-deux septembre, aujourd’hui, je m’en fous » et en l’an de la coquette biquette 1979, Asteln vit actuellement à Besançon. Il pérégrine dans les poétiques, affectionne les créations hybrides, est amateur de poésie chinoise et, sur un autre ton : « Rassemblons-nous dans la chênaie mixte ou la forêt de bambous […] dessinons des oreilles aux pierres et aux bouteilles […] buvons tout vers en riant et servons de canne aux mots qui titubent… » asteln.dotrabor@gmail.com. Il est présent dans les n° 12, 13, 14 et 15 de Lichen.

4 commentaires:

  1. J'aime beaucoup cette obstination à l'envie, envers et contre tout.

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  2. Bien plus que la construction du poème, c'est l'émotion... intacte.

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