Clément G. Second

Deux poèmes
(in Encres de songerie, inédit)


Près de la fenêtre, assis de côté
à l’étagère-bureau de la chambre

Ne pas trop appuyer, que le meuble ne branle

Vibration seulement
sous les livres hébergés par les planches

Le stylo, de sa bille, pointe ou tête, ressasse
des avancées sur une feuille sans sous-main

Et le colimaçon de l’oreille s’adonne
à la jouissance voyageuse de filer
en deçà, au cœur de fibres forestières,

un son qui reprend très bas, grondeur en douce,  
les traverses, fûts, déliés, diagonales des lettres

°

Le soir monte, il ne tombe pas. Il émane
de l’horizon voilé, se haussant sur la peau de la planète
pour offrir en son temps la nuit
que les ombres servantes
commencent à  dévêtir

L’encre de connivence escorte le moment,
le mimant noir sur blanc sur un fond qui fondra
avec la lampe éteinte, le décousu de rêves sur les murs

De la disparition du jour, de l’essor de la nuit,
qui dira le double les traversant, largesse étranglée
et fil d’une ampleur ?

Le chiasme, l’oxymore ?

La bascule plutôt, mais qui dure, comme un point
s’étire et se répand dans la nappe combustible
de l’œil feu-eau, pivot de flottements
où se nouent, se défont des lueurs









Clément G. Second écrit depuis 1959 : poèmes (sortes de haïkus qu’il préfère nommer Brefs, sonnets, formes libres), nouvelles, notes sur la pratique de l’écrit principalement. Plusieurs recueils dont un, Porteur Silence, à paraître à l’automne 2017 aux Éditions Unicité de François Mocaër, et deux autres en cours. Parutions dans Le Capital des Mots,  La Cause Littéraire, 17 secondes, Harfang, Lichen, N47, Paysages écrits, Terre à Ciel, et d’ici quelque temps dans Décharge et Verso. Réalisations avec Agnès Delrieu, photographe (revues, blog L’Œil & L’Encre http://agnesdelrieu.wix.com/loeiletlencre). Proche de toute écriture qui « donne à lire et à deviner » (Sagesse chinoise), où « une seule chose compte, celle qui ne peut être expliquée » (Georges Braque), et qui relève du constat d’Albert Camus : « L’expression commence où la pensée finit ». Contact : a1944@hotmail.fr.

11 commentaires:

  1. La croix de l'écriture, salvatrice et cruelle. Le jour et la nuit.

    "Le soir tombait... Il tombait bien, d'ailleurs, et juste à pic pour remplacer le jour, dont le rapide déclin laissait à penser qu'il ne passerait pas la nuit." Pierre Dac ...

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  2. La croix de l'écriture, cruelle et salvatrice! Le jour et la nuit.
    "Le soir tombait, il tombait bien, juste à pic pour remplacer le jour dont le rapide déclin laissait à penser qu'il ne passerait pas la nuit." Pierre Dac.

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    1. Oui à toi et d'acc ;-) avec Pierre, àç qui j'aurais dit que ça tombe à pic qu'il monte...

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  3. Mais quelle beauté ! Merci pour l'invitation à assister à la naissance du poème. Promis, je ferai attention à ne pas trop m'appuyer.
    Et je suis bien d'accord, le soir monte, il ne tombe pas.

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    1. Si si vous pouvez vous appuyer, n'étant jamais pesante ! Merci encore de votre regard.

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  4. Que c'est beau ! Le soir monte... et moi, je tombe sous le charme de vos poèmes ! Merci.

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    1. Merci... mais 'ttention au bobo car haute est la selle... ou alors prévoir un matelas de Concentré poétique ?

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  5. Je suis avec vous dans la pièce, j'entends tout, y compris le parquet qui craque. Oui, le soir monte, comme la brume, comme l'espoir, comme le lait. je vois la maison vieille, j'entends les pierres se taire. Passage relu et relu
    Le soir monte, il ne tombe pas. Il émane
    de l’horizon voilé, se haussant sur la peau de la planète
    pour offrir en son temps la nuit
    que les ombres servantes
    commencent à dévêtir.
    Voilà des mots qui me grandissent. Merci à vous Clément, de participer à ma croissance.

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  6. Et vous donc chère Joëlle, par votre regard complice qui chaque fois m'apprend... C'est vrai, nous les humains qui n'aurons jamais achevé de grandir, nous nous y entraidons, à travers le partage de beauté par exemple. Merci +++ d'être passée

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  7. J'aime me sentir me promener dans vos poèmes. Chaque mois un nouveau décor, toujours une image, un objet, un regard... Merci.

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  8. Merci Marjorie, moi de même... Bientôt vou relire ?

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