Clément G. Second

Trois poèmes
(in Ce qu’avoue la lisseur des choses ? ouvrage en cours)

Entre-deux  

À force d’acupuncter l’écran et d’autres pages,
le blanc va-t-il frémir, libérer des courants
charrieurs de territoires
hors jalonnements ?

Rien de sûr,
même des non-mirages sont spécieux

Ne pas se payer de beautés de rechange

On attend, on aiguise l’œil,
et qu’une  espace
puisse hésiter longtemps au vain dam des phrases
aide à tenir le temps que décide le temps

Plus ultra

Au petit bonheur de tours et retours, 
avec le balluchon des besoins et attentes
(sans trop les serrer, qu’ils respirent !),

le bâton pour prévoir où poser l’enjambée
qui n’en fait qu’à sa tête, en aurait-elle une ?,

la main droite en avant, hardie berlue tremblante,

et une de ces envies de s’asseoir, oublier, dormir !

Comme si on pouvait se défaire
de faire si peu que ce soit,

     comme si formuler
un titre ici ou là
en un, deux mots,
la teneur en alcool d’encre de ces vers
n’était rien moins qu’impossible

Suite

La part qui devançant les autres les attend

On la voit se tenir, se tourner, se hausser,
mesurant à l’estime
le temps que devrait mettre
le reste à la rejoindre

Le reste parfois glisse et se déporte,
s’attarde par frottement
à vitesse chétive,
manque de densité

Ou bien  il passe ailleurs,
séduit aux détours et croisées,
perdu en attendant que le Nord lui revienne

Le reste gauchement sort de soi, il recherche
la part de tête qui fait signe
du seul long fait de patienter

Et lorsqu’à sa hauteur il parvient, soufflant
fort après tout ce train, laborieuse avancée,
il se peut qu’il ait des clartés pour la suite

et soit poussé devant pour à son tour mener






Clément G. Second écrit depuis 1959 : poèmes (sortes de haïkus qu’il préfère nommer Brefs, sonnets, formes libres), nouvelles, notes sur la pratique de l’écrit principalement. Plusieurs recueils dont un, Porteur Silence, à paraître à l’automne 2017 aux Éditions Unicité de François Mocaër, et deux autres en cours. Parutions dans Le Capital des Mots,  La Cause Littéraire, 17 secondes, Harfang, Lichen, N47, Paysages écrits, Terre à Ciel, et d’ici quelque temps dans Décharge et Verso. Réalisations avec Agnès Delrieu, photographe (revues, blog L’Œil & L’Encre http://agnesdelrieu.wix.com/loeiletlencre). Proche de toute écriture qui « donne à lire et à deviner » (Sagesse chinoise), où « une seule chose compte, celle qui ne peut être expliquée » (Georges Braque), et qui relève du constat d’Albert Camus : « L’expression commence où la pensée finit ». Contact : a1944@hotmail.fr.

9 commentaires:

  1. Pas si lisses les choses, donc. Et l'écriture même, d'habitude claire, heurte et se heurte. Mais..."Il se peut qu'il y ait des clartés pour la suite."

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  2. Enivrante teneur en alcool d’encre de tous ces vers. C'est une lisseur d'eau, avec mille variations de reflets possibles.

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  3. (Non, "...qu'il ait...".)
    Vous approchez l'enjeu de cet ouvrage.

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  4. Oh! Mille excuses Clément pour cette mauvaise lecture.
    Ça crisse ce texte. Silice et cilice.

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  5. Le reste qui perd le Nord et tente de mener la cadence... J'adore !

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  6. Ce n'est rien, Éric.
    C'est vrai, du pas si lisse s'y glisse !

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  7. Des poèmes d'un pas claudicant comme pour chercher à matérialiser le doute qui nous secoue et que seule une certaine forme d'ivresse apaise pour un temps. Voilà ce que je ressens à vous lire aujourd'hui...

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  8. Oui, et la quête peut procurer cette forme incertaine d'apaisement. Merci de votre lecture !

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