Colette Daviles-Estinès

Cachets de la poste

à Pascale et Paul Vincensini

Vieilles lettres relues 
comme un journal de l’intime.
Cachets de la poste faisant foi 
du temps passé.
Reprendre les nouvelles anciennes des amis.
Certains sont des noms sans visage, 
d’autres des visages sans nom.
Les essentiels sont toujours là, 
j’en ai peu perdu en route, finalement.
Je me dis Nous existions donc comme ça ?
Avec nos belles histoires broyées d’avance. 
Ecorchurées aux tessons 
des lunes brisées de Neruda.
J’ai même trouvé trace des chèvres 
que j’ai trait d’une lettre à l’autre. 
Et même la flaque où Paul 
laissa complaisamment une paire de bretelles.
Toutes ces amitiés feuilletées, 
cachets de la poste faisant foi 
du tant aimé.


Poèmier

Je pense
Un instant vécu
Je l’écris
Je pense l’instant écrit
C’est un autre vécu
Je l’écris aussi
Une histoire enchâssée dans l’histoire
Un arbre ramifié
Poèmier






Née au Vietnam, grandie en Afrique, Colette Daviles-Estinès a été longtemps paysanne. Elle puise son inspiration dans un sentiment de perpétuel exil. Nombre de ses textes ont été publiés à La Barbacane, Le Capital des Mots, La Cause littéraire, Un certain regard, Revue 17 secondes, Ce qui reste, Paysages écrits, Le Journal des poètes, Écrit(s) du Nord, Nouveaux délits, Comme en poésie, Verso, La Toile de l'un.... Son recueil de poésie (Allant vers et autres escales) a paru aux éditions de l’Aigrette en 2016. Voir son site : http://voletsouvers.ovh.

11 commentaires:

  1. Microcosme attachant que vos deux textes : le vécu retracé et la situation de l'écrire dans la vie. L'un dans l'autres... Le cachet si convaincant de poésie faisant foi !

    RépondreSupprimer
  2. À chacun de tes poèmes c'est un peu une lettre que l'on reçoit, une lettre pour chacun d'entre nous, pleine de nos propres souvenirs. En fait tu es une sorte de facteure (ça se dit facteure ? )

    RépondreSupprimer
  3. ERIC CUISSARD1 mai 2017 à 07:36

    "Les plus chouettes souvenirs, ça t'a une de ces gueules..." Heureusement le cachet de la poésie!
    Bonjour Colette.

    RépondreSupprimer
  4. J'ai tant aimé le jeu et les mots ! Merci beaucoup ! :)

    RépondreSupprimer
  5. ..........................................................................

    RépondreSupprimer
  6. De l'importance des liens pour laisser une empreinte sur le sol friable de la mémoire. De très beaux textes, merci Colette.

    RépondreSupprimer
  7. Qu'est-ce que c'est beau...
    Le temps des mots- temps vécu- tant poreux.

    RépondreSupprimer
  8. Les bons mots prennent racine à l’ombre de votre poèmier. Entre la feuille et la plume, la mémoire s’allège, les souvenirs rencontrent une assonance et les voilà qui changent de tournures. Alors ils mutent en conte, élégie, en sonnet etc. se cherchent des pieds, un corps de texte, des figures de style…et pendant qu’on déguste un bien beau vers il a poussé toute une forêt !

    RépondreSupprimer
  9. jamais ,plus jamais je ne laisserai mes bretelles traîner n'importe ou !

    RépondreSupprimer