Florentine Rey



Les grandes dents

Ma fille comment vas-tu faire toi qui n’a pas d’enfants ? Comment vas-tu faire quand tu seras vieille ? Seule ? Malade ? Comment vas-tu faire si tu n’as plus de jambes ? Si tu n’as plus de doigts ? Si tu n’as plus qu’un œil et plus de langue ? Plus de peau ? Plus de chair ? Ma fille comment vas-tu faire quand tu n’auras plus de mère ?


Pourquoi ?

Le chien veut ma jambe
l’homme veut mon sexe
le fils veut mon ventre
le Saint-Esprit ne veut pas de moi.
Est-ce que ce monde veut ma peau ?


Le château de sable

Tu as quitté la haute mer. En attendant de pouvoir te faire aux murs de pierres tu habites un château de sable. L’été tu fais visiter pour le fric. Ce sont tes écailles qui les attirent pas la bâtisse. Chaque soir tu harmonises tes petits grains puis tu décolles quelques écailles et les incrustes sur tes créneaux. Ce que personne ne sait c’est que tu creuses au centre du château. Un jour tu couperas ta queue en deux pour te fabriquer des jambes et tu fuiras par le fond du puits.





Florentine Rey est écrivain, poète et performeuse. Elle est née à Saint-Étienne en 1975. Après des études de piano, les Beaux-Arts et la création d’une entreprise dans le multimédia, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture et à la performance. Son travail interroge notamment le corps et le féminin. Son site : www.florentine-rey.fr. Présente dans les n°s 7, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 de Lichen.

9 commentaires:

  1. joli .....!
    Le monde n'en n'a pas voulu de ma peau ....sous prétexte que ma peau pue l'air !

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    1. ta peau dans un pot d'air ? ta peau sur un polder ? ta peau d'air polaire ?

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  2. Mélusine à Saint-Etienne? Non, mais l'usine, dirait Paul Polaire.
    Est-ce vraiment aussi horrible que cela d'être une femme?

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    1. Eric, c'est un bonheur d'être une femme ! il faudrait juste qu'on puisse être pleinement nous-mêmes sans devoir sans cesse correspondre à ce qu'on attend de nous, c'est à dire l'impossible...
      J'aime bien Mélusine à l'usine. :-)

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    2. J'aimerais pouvoir aborder cela avec vous sérieusement. Ce n'est pas le lieu. Simplement, j'ai bien peur que personne n'attend rien de quiconque, j'ai bien peur de n'avoir aucune idée de ce que signifie être pleinement soi-même, mais je suis presque sûr que cela n'a rien à voir avec le sexe avec lequel on doit se colleter. "On vit les uns avec les autres... Au bout du compte on se rend compte qu'on est toujours tout seul au monde..."

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