Florentine Rey


Mangés par la terre

Amour, donne-moi un jeu de cartes neuf, un sac de pions à secouer pour gagner une vie débordante de désirs, donne-moi ta peau, ton rythme de paquebot, déménageons dans une maison envahie par les herbes, on s’allongera dans le salon, on se laissera manger par la terre, on laissera ses bêtes profiter de nos chairs, troués, coupés et repiqués au ciel.


Un caillou dans les lentilles

Je suis tombée dans la boîte de lentilles en cherchant des cailloux. Maintenant c’est moi la grosse pierre coincée dans un cylindre de petites pilules vertes. Quel avenir en forme de caillou ? Quel sens aura ma vie ? Dévaler les pentes ? Faire barrage ? S’envoyer en l’air dans un canon ? Finir au fond d’une poche ou peint sur une commode ? Le pire : rater son ricochet.


Les animaux du corps


Ils sont sortis en file indienne dans un désordre de fourrures, de cornes et de queues. J’ai compté les pattes, les oreilles, j’ai attrapé la ritournelle d’un petit oiseau pour la garder quelques instants dans ma gorge, j’ai salué les nuées d’insectes qui grouillaient au bout de mes doigts, j’ai salué les rongeurs de vertèbres, animal après animal, j’ai craché toute l’arche.


Le gros orteil

Ça sent l’intime, la peau vieillie à coups de sang, ça sent les fluides, les organes trop arrosés, le cœur protégé par des ruses de sioux, ça sent la légende, les bobards de la marchande de chimère, reste un petit endroit vierge : mon gros orteil.







Née à Saint-Étienne en 1975, Florentine Rey se consacre aujourd’hui — après des études de piano, les Beaux-Arts et la création d’une entreprise dans le multimédia — à l’écriture et à la performance. Son travail interroge notamment le corps et le féminin. www.florentine-rey.fr. Présente dans les n°s  7, 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15 de Lichen.

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