Frédéric Perrot



Le marronnier

                                                          Pour Éric Doussin  

Pour le septième anniversaire du petit garçon
Le grand-père met en terre une simple graine
Qui avec les années deviendra un marronnier
Symbole de la complicité entre générations

Tout en binant le grand-père explique à l’enfant
Que les arbres sont de vivantes images du temps  
Et afin de l’intéresser à son activité
Les charmes et les beautés du futur marronnier

L’enfant souhaiterait courir avec le chien
Ou déterrer pour le plaisir les pommes de terre
Mais il écoute les sages leçons de son grand-père
Tandis que la nuit tombe sur le jardin

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Bien des années après
L’enfant devenu artiste
Dessine le marronnier
Le plus sombre et le plus triste

Il aimerait saluer
Cet acte de philosophie concrète
Mais il n’a pas le cœur à ça
La vie en un sens est une défaite

Et plus qu’à son enfance
Ce jardin dévasté
Il pense à son grand-père
À ses efforts pour l’élever






Né à Nancy en 1973, Frédéric Perrot a très longtemps vécu à Metz et s’est installé à Marseille voici quatre ans. À ce jour, il a publié une quinzaine de textes dans la revue Traction-Brabant (de Patrice Maltaverne) et un recueil auto-édité (Les heures captives, 2012). Ce poème est extrait du recueil inédit La solitude imaginaire. Son blog : beldemai.blogspot.com. Présent dans les n°s 7, 10, 12 et 14 de Lichen.

2 commentaires:

  1. Très touchant et encore plus profond. Le désenchantement de l'artiste n'est pas qu'une apparence, mais il n'efface pas la beauté de ce moment d'enfance auquel le relie la figure de l'Ancêtre. Et j'aime le phrasé simple et suggestif de votre poème.

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  2. Un grand merci pour votre commentaire. L'anecdote sur laquelle se fonde mon poème est, même si je n'aime pas ce mot, authentique. C'est mon ami Eric Doussin, qui me l'a racontée, presque exactement en ces termes !

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