Hubert Le Boisselier

Parler (1) 

Ferme ta gueule maintenant 
Tu as assez parlé 
Je veux que tu m'entendes
À moi 
C'est à moi 
Cet espace là que tu as pris 
Occupé en conquérant 
Où claquemuré je n'étais rien
Qu'un réceptacle pour le spectacle 
De ton verbe haut 
Ce lieu devenu pour toi
Par toi de toi 
Fait tout entier 
Pour ta présence bavarde 
Toute en pleins et en déliés 
Sur l'immaculé que tu souillas 
Sur le présent à faire 
À comprendre à dire 
Où tu as tout dit tout le temps 
Que tu occupas en conquérant 
Statue de bronze édifié en ton nom propre 
Cet espace dont tu m'as spolié 
Des années durant des siècles 
Voici qu'il s'ouvre à moi
Voici que j'en veux bien 
Pour moi 
Voici que je ne m'en veux pas 
De me laisser parler 






Né à Rouen en 1968, Hubert Le Boisselier vit et enseigne près de Lille depuis 1993. Passionné de littérature et de cinéma, il admire particulièrement les Sonnets de Shakespeare, la poésie d'Aragon, d'Aimé Césaire et de Dylan Thomas ; le cinéma d'Alfred Hitchcock le fascine et celui de Pedro Almodovar le touche beaucoup. Plusieurs de ses textes ont été publiés dans les revues La volée, Filigrane, Infusion, Le Capital des mots.

3 commentaires:

  1. Me suis pris le regard dans la force de votre beau poème revendicatif où vous brisez la frustration comme immémoriale par le jaillissement de l'affirmation. Ne pas nommer le destinataire rend sa présence encore plus palpable, et plus dramatique l'intensité de l'adresse. Une lecture dont je vous remercie.

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  2. La poésie pour reprendre l'espace volé, oui ! Merci.

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  3. Reprendre, c'est prendre, et c'est dans la violence et l'incantation. Prenante cette force-là. Je ne sais pas si c'est un père ou une mère qui est l'objet de cette re-prise (une reprise peut aussi être réparation...) et j'arrête là car je cours au plantage et surtout au trophée du com le plus ennuyeux du monde. Pour résumer : j'ai aimé, beaucoup.

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