Joëlle Pétillot

Trois jamais

Un lac noir
Où gisent les pourquoi
Ne plus questionner
Jamais
Serait une façon de ne plus souffrir
J’attends la sourde armée des heures
Pour celle où le cristal de la voix se brise
Il faut
Avec toute la douceur possible
Apprendre à taire

*

Nommer c’est prendre part
Ce qui survit ici
Porte quel nom
Quand chaque lettre naît d’une séparation ?
Il faudrait croître comme un arbre
Sans doute
Afin que plus rien ne blesse.
Le prix à payer
Pour ne plus trembler
De ce chaos
Si c’est là l’addition
Il faut hurler à pleine soie
Qu’on ne veut pas grandir
Jamais.

*

Ça fait tellement mal
Juste en dessous des veines
La torsion
Qui fait que tout boite
Alors la nuit devient
Un vent qui désapprend
La seule issue
Mais ce jamais de la vie
L’abîme qui dérange
Ça fait tellement peur.






Née en 1956, au sein d’une famille à forte dominante artistique, Joëlle Pétillot a toujours écrit. Outre sa poésie (publiée dans de nombreuses revues), elle est aussi l’auteur de deux romans (La belle ogresse ; La reine Monstre) et d’un recueil de nouvelles (Le hasard des rencontres), parus aux éditions Chemins de tr@verse.
Son blog : http://www.joelle-petillot-la-nuit-en-couleurs.com/.

15 commentaires:

  1. Jamais des yeux seulement, votre confession retenue et poignante de douleurs intérieures exquises... Simplement, à la lire, m'est revenu le témoignage de Pablo Neruda, dans un contexte il est vrai distinct, relatif à son engagement politique mais dans lequel je sens du transposable, oh Joëlle, sans leçon aucune à suggérer :
    "Savoir c'est souffrir.
    Et nous sûmes :
    chaque nouvelle sortie de l'ombre
    nous donna la souffrance nécessaire :
    cette rumeur en vérités se transforma,
    la lumière envahit la porte obscure,
    et les douleurs se modifièrent.
    La vérité devint la vie dans cette mort."

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    1. Clément, si vous saviez combien j'aime Neruda. Cet écho, qui plus est transmis par votre main, m'émeut au plus profond.

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    1. ........................C'est une réponse en harmonie. Plus sérieusement, merci mon amêo.

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    1. Merci Gabrielle, j'ai aimé te lire aussi et ce n'est pas une courtoisie.

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    1. Benedicte, merci. Je suis d'autant plus sensible que j'aime aussi beaucoup votre univers. A bientôt.

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  5. Trois jamais, comme trois ricochets d'une subtile élégance à la surface d'une eau torturée. C'est très beau Joëlle.

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    1. Merci Marjorie. Ces mots de votre part filent tout droit et trouvent leur chemin.

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  6. ERIC CUISSARD2 mai 2017 à 09:54

    "Ne dis jamais jamais, ne dis jamais toujours, laisse à la mort le soin de prononcer ces mots"
    Béranger: chanson d'amour.
    Mais les souffrances font des textes si prégnants.

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    1. Ah, Béranger. J'aime cet homme. Merci de le croiser, Eric.

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  7. "apprendre à taire" dis tu "pour mieux t'entendre" te répondrai-je. Un grand, grand, grand bravo!

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    1. Bruno, j'aime quand tu es dans mes entendeurs. Je garde espoir qu'on se croise, et je m'y tiens.

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  8. Comme j'ai bien fait de te lire plus tard.
    quel parfum portent tes mots
    cristal, ambre, paillettes de nuit!

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