Laetitia Gand

Mine

Mine me sourit
de sa bouche aux sens,
de ses yeux d'un ailleurs.

Un jour,
elle a fait entrer dans mon univers le sien,
j'ai eu l'impression de voyager.
Moi qui voyage si peu.
Un à un, mon regard s'est perdu
dans ce lointain ancestral,
cette langue précieuse et troublante,
prononcée comme un tsunami
car elle nous ravage les méninges,
nous inonde d'un vocabulaire inconnu
et dépaysant.

Mine est poète.
Elle m'invite aux mots
comme on entre dans un église,
le silence devient écho,
les partages comme des hosties dégustées sur la langue.
Je poétise aussi mais soudain me sens si petite face à Mine.
Non pas qu'elle me mine, n'est-ce pas, de sa culture, de sa prestance élégante et respectable,
de son savoir attirant et si... différent
mais elle m'ouvre à son monde,
je voyage avec elle
une soif sourde et profonde d'apprendre,
je tremble soudain tel un volcan se réveillant,
un peu en cousinage avec le Mont Fudji.

Cela part de mes racines et vogue à mon esprit,
on dirait un doux lichen qui prend vie, s'étale et qui comprend
que la métamorphose doit opérer, que le sol ne suffit plus,
qu'il faut s'élever, s'élever encore tel un haricot magique et voir au-delà de la brume épaisse.

Mine sourit toujours,
avec respect et déjà j'ai peur qu'elle ne comprenne pas
et qu'elle s'éloigne dans son lointain
et me laisse planté là
avec mes mots au ras des pâquerettes,
mon univers qui prend l'eau
à trop rêver romance et Venise
et m'abrutir de ma campagne claire que j'aime pourtant.

Alors, je suis Mine,
son fil de conduite,
ses petites attentions presque silencieuses
et j'écoute...




Née en 1979 à Neufchâteau (Vosges), Laetitia Gand vit dans le Territoire de Belfort. Elle a publié plusieurs recueils de poésies : Le roman du temps qui passe (Joseph Ouaknine, 2011), Entendez-vous ... cette chaleur jaune ? (Clair de plume 34, 2012, épuisé, plus d'éditeur), Traces de vie (Omri Ezrati, 2013, mention spéciale du Prix Albayane de poésie, repris chez Cana en 2016), Histoires d’eau douce et d’eau salée (Mon petit éditeur, 2014) et Le lit qui dort (Tensing, 2016). On trouve également certains de ses poèmes au Capital de mots, sur Infusion, Méninge, Vericuetos. Son blog : http://le.comptoir.des.mots.over-blog.com.

6 commentaires:

  1. Merci : vous brodez à mots patients, à nuances fines, touchantes, la tapisserie d'une belle relation où partage et différences se mêlent intimement.

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    1. C'est moi qui vous remercie cher Clément, mon texte a plus de valeur après votre lecture :)

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  2. Touché ! Toutefois je crois sincèrement que si tel ou tel lecteur apporte parfois un éclairage, la valeur foncière du texte dépend de la qualité de qui l'écrit. Le lecteur découvre. C'est l'auteur qui crée. Bonne suite, Laetitia, et encore merci

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    1. oui en effet l'auteur écrit mais sans lecteur ne serait rien. Merci de votre passage, de votre présence... Au plaisir de vous retrouver ici ou ailleurs. Je suis sur Facebook sinon

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  3. Mine de tout…De l’enivrement au silence, il y a tout un univers…Toute une solitude corsaire…La mélodie du vide…Sortie de ses spirales…L’odyssée est prometteuse…Suivons donc celle qui suit Mine… Le néant sera plus lyrique…Les pâquerettes fleuriront sur Proxima du centaure…Et le langage désabusé aura quelque chose du réconfort…Merci pour cette traversée, c’est un haricot magique d’économisé :)

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    1. comme on dit parfois, le silence est d'or ou en dit long, n'est-ce pas ? Heureuse de votre réaction qui sera mon encouragement du jour. Merci !!

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