Laurent Bouisset


Un sourire vrai
  
                                               Pour mes amis guatémaltèques

valeur entière à ce cliché
ce lent cliché que mentalement
du grand volcan
je suis en train de développer
parce que justement : il n’a rien d’immortel
l'impression essaimée par mes seuls yeux
aura la beauté d'être brève
et détachée du lieu bientôt

déjà je vois que se retire
un petit gant de brume molle
des hauteurs apaisées du grand cratère

déjà j'entends couler de l'eau
et je le découvre volatil, le caféier

mouillée de nuit cette prairie imperturbable
dont l'herbe fuit, 
les arbres courent et le vert sombre...

au bord sans bruit de disparaître 
ou de rêver...
un cheval brun, discret, attend...

pour n'avoir rien voulu garder de ce tableau
pour avoir oublié le mot vouloir sur un caillou
j'ai regardé ma vie sans haine
j'ai goûté l'heure obscure intensément

debout, seul
égaré de mes projets

face au silence assis
du géant rocailleux en arrière-plan
qui sans peine aurait pu
me terrasser de suffisance,
mais préférait, je crois
régner sans morgue,
massif et léger face au temps

un peu de pluie chaude approchait, je me souviens…
ou je croirai m’en souvenir un jour, faible nuance…

alors j’ai semé pour conclure
un sourire vrai dans la terre calme
avant d'emprunter le chemin du soir
allégé d'un volcan entier et le pas lent

Jocotenango, Guatemala, le 15 juillet 2010 (Texte réécrit 7 ans plus tard, le 6 mars 2017, dans les quartiers nord de Marseille)





Né à Lyon en 1981, Laurent Bouisset, chanteur et musicien de rock, se consacre à l’écriture poétique et romanesque depuis le début des années deux mille. Plusieurs de ses textes ont paru dans les revues Traction-brabant, Verso, Décharge, Nouveaux Délits, Pyro, Fureur et mystère, Incertain regard… Co-fondateur, en compagnie du peintre guatémaltèque Erick González, du blog de création collective http://fuegodelfuego.blogspot.fr/, il y publie ses réécritures et traductions de poètes latino-américains. Présent dans les n°s 5 et 6 de Lichen.

8 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé votre univers où j'ai pénétré modestement mais avec grand plaisir, merci

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    1. Grand merci à vous ! Content que vous ayez voyagé.

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    1. Laurent Bouisset11 juillet 2017 à 22:29

      Merci Colette ! Hasta luego, sur la route.

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  3. Hey monsieur on savais que vous écriviez vous gérer bien #3b

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    1. Laurent Bouisset11 juillet 2017 à 22:21

      Merci à vous les élèves de 3èmeB pour tout ce que vous m'avez appris cette année. Merci pour ce commentaire également. Très bel été à vous et bonne chance pour la suite, en n'oubliant pas de saupoudrer un peu de poésie par-ci, par-là, c'est important. (Et de la poésie, y en a partout, même dans le basket ou le handball, j'en suis certain ! Il suffit de se donner la peine de bien regarder les choses pour qu'elles apparaissent sous un jour nouveau.)

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  4. Pardon je le découvre seulement, tout spiralant de rythme intérieur en regard de la masse tellurique et habité d'une songerie qui va plus loin que le souvenir ! Les quatre derniers vers, et surtout le tout dernier, sont pour moi d'une beauté absolue.

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    1. Laurent Bouisset11 juillet 2017 à 22:28

      Merci beaucoup à vous pour ce très beau commentaire qui me touche, merci. Le texte s'est transformé au moment de la réécriture (sept ans après). L'oxymore du volcan léger - du volcan qui allège - est devenu plus fort que dans la première version. Masse tellurique, oui, qui allège, étrange... Tout est affaire de perception une nouvelle fois ! Merci encore.

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