Le Golvan


Encore six inédits, extraits de Jours

On peut dégommer les mouches sagement.

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Il y a plus à gagner chaque matin à poser ma main sous ton torse qui bat encore sage d’une nuit qu’à tenter de le figurer ici sans relief, au gris d’un creusement plus dur, et qui te ferait mal, je sais, dans cet à-côté où je t’écoute, pointu, t’éveiller sans moi, ma main toujours à ton cœur. Ta chaleur poing serré, son oubli poing ouvert.  

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S’il me prenait à reprendre loin le texte et le vider de toute formule, ce serait terrifiant de voir alors ce que j’ai laissé, ce qui est parti, ce qui court toujours.

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La fréquence de nos mille rituels, subis comme décidés, arrête le temps au soleil de septembre, change la qualité du bruit, le geste plus doux, nos corps premiers dans l’air, éléments de nous à nous, et il me tarde, sans savoir où, de nous voir emportés. Je n’ai plus peur de me désunir de toi, la question se posant plus dure.

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À présent c’est moi qui cours à ta consolation. Tu réponds mais ne me cherches plus d’abord. Vite tu t’étais isolée pour pleurer, un mouchoir en compresse sur une blessure profonde à la mesure de mon absence à elle. Je viendrais dorénavant en second lieu de ta peine, démuni de premier secours face à ton autonomie secouriste, et triste à la folie extrême de songer au pire ; te faire mal pour reconquérir mon royaume perdu.

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En voiture, tu me demandes si le passé a passé là encore, et pour cette fois-ci également et encore, encore... Nous sentons comme il fuse drôlement avec les arbres, les maisons, les silhouettes, et à quelle vitesse plus folle il nous dépasse tout autant, lui sans limitation, pas même à le dire, pas assez de le savoir, le passé toujours devant nous et cependant plus rapide à s'éteindre que nous-mêmes. Nous nous savons alors plus lourds et plus dégagés de lui, deux vraiment, sans autre attache que nous : qui devant ? qui derrière ?... Lequel figurant le passé de l'autre comme un jeu de balle infatigable. C'est un trajet rare dont je ne me rappelle plus s'il avait une destination.







à Gien en 1971, Nicolas Le Golvan y enseigne le français. Ses travaux d'écriture touchent de nombreux domaines littéraires : il a publié trois romans, deux recueils de nouvelles, une pièce de théâtre, un recueil de poésie). Il participe également à plusieurs revues de création littéraire, dont Décharge, Dissonances, Squeeze, Inédit nouveau, Le cahier du Baratin, L’Ampoule, La Revue des ressources, Moebius, Incandescentes... Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Le_Golvan. Présent dans les n°s 7, 10, 11, 12, 13, 14 et 15 de Lichen.

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