Marc Guimo

Trajet(s)

Je suis maître de mon coin,
Baissant les yeux, pliant la nuque :
Simulation d’un autiste
Pour que nul ne me connaisse,
Qu’aucun humain ne me rêve.
Je lis.
Dérivé dans la gueule des mots,
Page après page,
Je suis en voie de disparition.
Mais le train stationne
En double vie,
Je frôle des corps, des vices,
Des histoires qui démangent aux lèvres,
Le désir peut alors sauter
Du livre au visage,
Il y a en face de moi
Quelqu’un qui est en vie,
Dont les yeux me font oublier
Ma vie de marque-page
Et me répètent,
Comme une enseigne,
Le même message :
S’offrir, même si c’est cher,
À la dépendance d’une suite.
                                               





Né en 1976, Marc Guimo vit actuellement en Seine-et-Marne mais il n'a pas trop le choix. Quand il n'est pas au travail, il écrit des textes, des projets, s'interroge sur la réalité et sur le corps, se demande comment travailler moins pour lire et écrire plus,  privilégie la piscine aux autres sports, va voir de près les autres et dort quand son corps est d'accord. Il faut lire absolument son texte « La poésie, personne n’en lit » sur son site (http://www.marcguimo.com/premieres-dispersions). Les poèmes ci-dessus font partie d'un recueil en cours intitulé Réalité dispersée, que l'on peut retrouver sur son site ainsi que sur son blog (realitedispersee.blogspot.fr).

4 commentaires:

  1. Pas décroché d'un bout à l'autre, saisi par la scène, la façon dont vous la brossez en cernant ses enjeux si humains. Pas d'écrans dans votre langue, elle est en prise directe sur ce qui se passe maintenant et ici. Merci !

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  2. En Seine et Marne je me réfugiais toujours dans les lignes.
    Ce texte sort comme une colonne d'air.

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  3. Votre texte me touche beaucoup par sa façon pudique d'hésiter entre la tentation du repli et le besoin d'ailleurs. Peut-être nous trouvons-nous là dans le dilemme essentiel de l'artiste?

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