Pascale de Trazegnies


La vie, la vie

Les portes de l’église s’ouvrent. Une lueur chaude se profile au loin. Des cierges. Des lumières très jaunes. Des points lumière. On dirait un portail biblique. Les portes du temple. L’ouverture est lente. Cérémonieuse. Derrière, on verrait bien les ânes et les rameaux d’olivier, et Jésus dessus, en tunique blanche et longs cheveux.
Non. Rien. Un cercueil en bois verni. Octogonal. Porté par quatre hommes en noir.
Ensuite, quatre personnes. Ont-elles l’air triste ? Elles plaisantent un brin, sur le parvis. De retour à la vie. De sortie de l’antre. De l’antre avec l’encens crémeux.
Puis tout redevient dans l’ordre.
Le corbillard s’en va, des glaïeuls aux fenêtres. Pour qui, pour quoi ? Pour un mort. Un mort de plus.
Les portes se referment. Lentement toujours. Un mec les pousse. Un beau mec noir au pantalon blanc et col roulé gris. C’est fini. Plus rien.
Une ronde de flics. Des flics des Halles. Deux.
Un type avec une veste en velours et un petit bonnet de laine, une rose blanche à la main. C’est beau.
J’aimerais que ce soit pour moi.
Même pas.
La vie, la vie.
J’ai fini ma bière pression.
Un camion passe et fait un bruit assourdissant. Tank vert. Propreté de la ville de Paris.
Mon amant n’est pas venu.
La vie, la vie.
Je paie.
Je m’en vais.






Diplômée en humanités gréco-latines, en sciences politiques et en chant classique, Pascale de Trazegnies commence son parcours artistique comme chanteuse dans la mouvance dite du « rock progressif », se produisant également en solo, notamment au festival de poésie sonore Polyphonix. Quittant Bruxelles où elle est née, elle s’installe à Paris. Elle publie plusieurs romans chez divers éditeurs [L’Etat de veille (Fixot, 1988), L’Indécise (Fixot, 1991), Succès damnés (collectif, chez Luce Wilquin, 1996), Le Mort (Act Mêm, 2010 ; Weyrich, 2016, postface de Michel Host)], gardant en réserve textes brefs, poésie, fragments, qui commencent à être diffusés en revues. Son site : www.pascaledetrazegnies.com. C’est sa première apparition dans Lichen.

3 commentaires:

  1. Visuel, saisissant. Pour un petit drame profond, déchirant et banal. Il n'est pas venu. Cela me aprle, m'émeut, me touche.

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  2. Lisse et serré car le réel n'a pas à être comble, surhabité, c'est bien ainsi. J'avais confusément senti la fin venir ; elle m'a pourtant surpris. Touchante au sens fort, comme l'écrit Joëlle.

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  3. Très beau ! Il me semble avoir déjà vécu cette scène... aux portes d'une église ! Merci.

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