Pierre Morens


1
À bien y regarder, entre le dehors et le dedans du ciel,
entre le naître et le non-naître,
la séparation n'est pas ligne gravée depuis des siècles sur une roche que nous irions franchir dans la montagne lors d'un rituel plus éculé qu'une vieille pantoufle, comme si venir au monde, étant affaire de routine et de redite, allait prosaïquement de soi.

Mais  scission.

2
Celle que fait la Vie
en taillant dans l' cœur à coups de ciseaux,
celle que fait l' cri que pousse l'air
en défroissant la poitrine de l'homme
sur qui la révolte soudain frappe.

Car l'espace, non, n'est pas au-dehors,
mais lorsque sa scission se fait, c'est au-dedans.

3
Ventres nous naissons, sous des cieux d'homme ;
et ne quittons pas notre sac,
dont la muqueuse nourrit notre cœur
d'une clarté intolérante à la nuit.
Comme si à mettre le nez dehors
nous allions mourir ;

au fond, la vie craint la Vie comme la mort.





Pierre Morens écrit des poèmes et des articles (il importe de faire entendre la voix des autres) et il contribue à la revue culturelle Infusion.

2 commentaires:

  1. Très juste... très fort !
    J'aime beaucoup.

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  2. Une réflexion profonde autant que poétique. Très beau!

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