Robert Latxague


Un mojito para Cuba ! (1)

Pierres déshydratées, écroulées assez, concassées, murs mités pire qu’Alep ou Beyrouth
En chair de décomposition urbaine avancée
Étrange perspective perçue à cru qui l’eût cru depuis le Malecón
Où mon rêve chévere se trouve soudain un peu beaucoup con cassé
Habana Vieja qu’as-tu fait de tes habits de gala mode revolución vécue hasta siempre ?
De tes casquettes kakis de guérillero étoilées ?
J’aime encore tes belles américaines chromes rutilants pétant de couleurs vives
Pétées trouées mastiquées jusqu’au mythe toujours en route
J’aime tes rues de Santiago, Trinidad, Cienfuegos pavées de graffs, slogans mis à vif
Traces d’autant d’histoire ressassée du passé et de sa gloire déjà à demi effacée fanée
Litanie présente d’illusions perdues en prose désarticulée face à ta réalité
J’adore les airs sucrés doux immortels de Celia, Ernesto, Benny, Merceditas, Bebo
Bref tous les Valdés et les autres réunis pour jouer chanter faire danser
Bolero, cha-cha, guaguancó, danzón et toutes les déclinaisons savoureuses du son
Échappé Dieu merci des coffres-forts au bout d’incessants métissages d’une tradition pas trahie
Miracle : entendre encore la voix d’Omara la divine Diva lécher avec amor la moindre ombre la nuit
Topique tropical trop piquant mais toujours bienvenu
Il me plaît imaginer les arabesques impossibles de Chucho dans une histoire à revitaliser
L’essence même des sons en saillie de plaisirs au bout de touches d’ivoire caressées
Et tous tes tambours résonner toujours et partout
Tous les tambours réfugiés d’Afrique, oui t’entends hermano !
Les sacrés, désacralisés, déchaînés, libérés pour mille descargas inimitables illimitées








Né à Bayonne une année olympique, Robert Latxague est gascon et journaliste ; ses passions : jazz, rugby, aficion, océan, vins, tours du monde, écritures ; deux ouvrages parus : Le jazz et la photographie (éditions Comp’Act, 1995) et Le Meccano des lettres pas mécaniques (éditions Thélés, 2014).

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