Robert Latxague

Lettre à Barney

Du miroir
De l’autre côté du miroir
Toujours, toi
Comme s’il ne fallait pas pouvoir te tutoyer de l’extrême pointe
De l’index
« ... le tempo de cette aventure difficile qui consiste parfois à renoncer au plaisir (y compris par exténuation de soi) pour ne rien gâcher du désir » (Gérard Lefort, critique de cinéma, Cannes 96)
Et encore, pour enfoncer le clou
« Nous avons laissé à notre imagination la capacité d’explorer des éléments à la limite du psycho-pathologique et qui pénètrent parfois franchement cette zone du pathos pour l’érotiser... » (James Graham Ballard, Crash)
Cette dérive mille fois projetée à pas glissés sur le pavé humide dune parte vieja.
Ce pouvait être à Donostia
, Barcelona, Jerez ou même Baranquilla. Il y flotte outre les vapeurs de vin cette envie incandescente de se retourner l’intérieur comme on laisse choir une peau usée pour renaître. Un peu enfant, mais grandi prématurément, les yeux trop brillants décidément.
Imaginate tia ! Anti épidermique d’épiderme (toi)                                                                                                                                                                                                                                                     Baisers
Ah oui ! Barney est mort avant hier, le savais-tu ? Et ça me fait quelque chose. Ses poignets, ses chevilles étaient d’un drôle de bleu, malsain pour sûr la dernière fois que je l’ai vu. Lui ai parlé — « Toi ici ? » — voici un mois à peine au fin fond des coulisses très sombres du Centre des Arts de Pointe-à-Pitre. Je pensais à un bateau ivre. Il avait ses gros yeux de myopes, mais tellement gonflés. Une lueur faiblarde marquait à peine une volonté de moquerie intérieure. Il m’a dit douloureusement pudique : « Putain mec, ce soir je ne pouvais même pas souffler correctement !...Tu vois ? » Il m’avait offert il y a longtemps une litho de Marie, sa compagne, à l’occasion d’une rencontre fortuite autour de bacs à disques. Plus une touche de bleu, te rends-tu compte ?
Nous avions fait l’amour délicatement par une nuit d’orage sur les notes des F
renchs ballads, t’en souviens-tu ? Je voulais absolument compter tes taches de rousseur, mais il s’en ajoutait toujours une nouvelle inexplorée...
La distance, encore et toujours. La distance... imaginate ! Querida mía...






Né à Bayonne une année olympique, Robert Latxague est gascon et journaliste ; ses passions : jazz, rugby, aficion, océan, vins, tours du monde, écritures ; deux ouvrages parus : Le jazz et la photographie (éditions Comp’Act, 1995) et Le Meccano des lettres pas mécaniques (éditions Thélés, 2014)..

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