Rodolphe Gauthier


karst

c'est 
tout au fond du
terrier
alors que par milliers au-dessus
les gens décéderont qu'il
faudra s'enfouir

parmi les rocs du Karst
mâchant les pissenlits et les vers
de Trakl vers
Trst

l'aube ne salira
plus la nuit en levant la vermine
pour un labeur nocif

ce sera un goût de racines
un souvenir de Scipio
Slataper et ce sera
un immense
silence

quelques
arythmies d'écœurement
du fer dans les muqueuses
puis le plein
des pierres
 

*

les dolines où le corps veut
se lover crèvent
la terre inculte

faire partie des pierriers
de Val Rosandra
comme un vœu d'insensibilité

un vœu ovidien
roulé par la musique
de la bora sérielle
des galets

*



au fond des fosses
ce sont les métaux austro-
hongrois de dix-neuf cent
dix-huit

puis des os

le soleil bruine sur les foïbe
le sel gonfle l'ourlet des plaies

et la rumeur de Bella Ciao
est soufflée au gouffre des lèvres
par la relève







Poète, sérigraphe, traducteur, Rodolphe Gauthier fait des livres-objets, de la micro-édition, des chapbooks… Il a co-dirigé un numéro consacré à la poésie minimaliste pour une revue multilingue (Scree). Après une année passée sur un bateau au sein du collectif londonien The Minesweeper Collective, il vit actuellement à Trieste pour se concentrer sur une écriture plus personnelle. Son site : www.rodolphe-gauthier.com.

2 commentaires:

  1. Au fil assidu des lectures, ne finit-on pas par creuser derrière vous, par recenser, se recueillir, témoin et acteur d'exhumation ? Prenant.

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  2. Nous creusons, nous explorerons le terrier : celui des inhumanités (peines comme plaisirs), celui des lectures (des solitudes, des communautés désavouées), de l'ombre que nous nous donnons tous en partage depuis notre for(t) intérieur. Mais je ne sais pas si cela est très clair : mieux vaut lire les poèmes...

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