Siham Jabbar

Un bateau fou
(traduit de l’arabe par Antoine Jockey)

J’ai démonté les péchés
Et pêché les mers
Nulle prudence pour le cœur
Nulle solution à la guerre
Mais nous absorbons les balles
Et connaissons le savoir
Que tout tyran ôte à l’existence
De cette nécessité la lapidation
Et dans l’expression nous saisissons chaque balle
Lapidons chaque front désolé
Les livres désolés
La prière désolée
Et le rocher qui tombe et que nous portons
La liberté désolée
Car l’Irak ne s’embellit pas
En coupant le superflu
Nous lisons
Nous lisons
Nous lisons
Alors que nous ne sommes pas des lecteurs
Et nous ne reconnaissons pas d’itinéraire vers l’après
Seulement nous revenons
Nous revenons sur nos pas et nous absorbons
La bouche de l’existence
Pour nous débarrasser de la prudence
Et démonter les péchés
Dans un bateau fou





Née en 1963 à Baghdad, Siham Jabbar a étudié la littérature arabe à l’Université de Bagdad, écrit une thèse de doctorat sur la littérature et la critique arabe puis travaillé, de 1997 à 2007, comme professeur de littérature moderne. Attaquée et blessée au pistolet en 2006, elle quitte l’Irak pour la Suède en 2007. Depuis ce jour, elle publie des ouvrages de poésie : Like Hypatia in Ancient Times (2008), Bodies (2010), I am sitting beside my life (2014). Elle participe également à de nombreux événements littéraires et ses poèmes ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle a reçu deux prix en Irak en 1992 et 1995.


Né à Beyrouth en 1966, Antoine Jockey vit à Paris depuis 1990. Traducteur d'importants poètes arabes tels que Abdul Kader El-Janabi, Paul Chaoul, Abbas Beydoun, Sargon Boulus, il est aussi critique littéraire et correspondant des quotidiens arabes AI-Hayat et libanais Al-Mustaqbal.

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