Sophie Marie Van der Pas


Sur une photo d’Alain Dutour




Écriture

L'histoire se chiffonne
se déchire
lignes et signes en mélange
on aura beau plier
froisser déplisser
on aura beau brûler
torturer  détruire
personne ne pourra
souiller le temple de l'écriture
l'histoire se défait
l'histoire continue

l'homme n'en finit pas
de mouiller sa langue







Née en 1954, Sophie Marie Van der Pas est auteur-compositeur-interprète dans les années 80,  naviguant entre cabarets parisiens et centres culturels. Très vite, elle a la chance de chanter en première partie d'artistes reconnus : Francis Lemarque, Mouloudji, Leny Escudero, Anne Vanderlove. Au fil des rencontres, après des années en Sologne, elle reprend le chemin des mots à travers la poésie. Depuis 2014, elle vit en Bretagne se consacre à l'écriture, et collabore avec différents artistes. Elle participe à différentes revues (Ce qui reste, Capital des mots, Lichen, Ornata, Décharge). Après L'œil du peintre en 2016 (travail en regard des tableaux de Vincent Magni), puis l’exposition Recyclages poétiques avec le photographe Alain Dutour (dont le poème et la photo ci-dessus sont issus), elle prépare un second recueil de poésies pour fin 2017 : Le silence sait attendre. Présente dans les n°s 3, 4, 6, 9, 12, 14 et 15 de Lichen.

Alain Dutour, né en 1955, vit à Joué-les-Tours (37) et enseigne la géographie de l’environnement à l’Université François Rabelais de Tours depuis 1991. Il a découvert la photographie numérique en 2008 et, depuis, il expose régulièrement son travail. Il aime photographier le banal et l’ordinaire, ce à quoi on ne prête généralement pas attention, s’attachant à en révéler la dimension poétique et à donner à ses images un aspect pictural. Sa série «  Recyclage » a été exposée en mai 2016 au Pavillon Charles X à Saint-Cyr-sur-Loire. En octobre 2016, cette même série a été présentée au Salon photographique du Riage de Parçay-Meslay et a obtenu le Prix de la Ville. C’est sa première apparition dans Lichen.

NOTE D'INTENTION

Sur les sites de collecte et de valorisation des déchets, divers matériaux (papiers, cartons, briques alimentaires, journaux, magazines, prospectus …) sont compressés et mis en balles pour être transportés ensuite vers des entreprises spécialisées dans leur recyclage. Ces grandes balles aux allures de mille-feuille ont attiré le regard du photographe. L’empilement de matériaux compressés a été photographié en gros plan. De l’apparent désordre et fouillis surgissent alors des paysages et des décors, dans lesquels des êtres, des organismes, des personnages ou des marionnettes semblent évoluer et jouer différents rôles. Dans chaque image, chacun peut voir un moment d’une histoire, d’un récit, d’une légende ou d’un conte. Ainsi, la photographie permet de réaliser une opération inédite avant l’enlèvement de ces matériaux ordinaires, salis, maltraités, froissés et abaissés au rang de déchets après une existence plus ou moins longue. C’est, en quelque sorte, une première phase de recyclage, avant que ces déchets subissent un recyclage réel et industriel ; un recyclage poétique de la matière ordinaire. Un recyclage qui permet à l’ordinaire de devenir alors moins ordinaire ; extraordinaire, même.

3 commentaires:

  1. Une tonalité profonde où l'espoir semble peut-être le pressentiment d'un autre monde. Dans la matière où tu confines ta sensibilité tu trouveras un jour une parole vraie, un geste, une émotion et déjà tu la trouves humide sur tes lèvres.

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  2. L'histoire se recycle et le cycle continue...
    Belle image... Beau poème ! Merci.

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  3. Une photo à haut indice de présence... un poème à l'avenant +++

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