Stéphanie Quérité


Physalis

Je regardais, à distance, le frottement des cils, le frôlement des ciels. Et que s'immisce le corps, je n'aurais pas à y penser.
Tu regardais, mes yeux avec ta bouche, retenir de ta langue mes larmes, obstruer de tes mots mes interstices. Ta voix, tout ça, ne voulait plus de moi.
Tu te regardais, il fallait bien que l'un de nous soit vigilant. J'ai dit virulent, tu as entendu virile, fermé les yeux, serré les dents.

Je fis un geste et ce fut comme une secousse.

Je ressentais, à présent, l'ajustement des cils, la superposition du ciel. Et que s'enfuit la jeunesse, je n'aurais plus à y penser.
Je ressentais comment, de tes yeux sur ma bouche, tu pouvais dissoudre ma langue et m'asseoir là où les persiennes exposent.
Tu les avais cueillis, un à un, tu me voulais lisse. Que rien ne dépasse, que rien ne s'érige.

Tu t'essuyas sur moi comme si j'étais ton paillasson, rabaissant les barreaux d'ombre sur mes pulsations. Après toi, personne n'alla ouvrir la porte. Personne.








À propos d'elle-même, Stéphanie Quérité écrit : "Drômoise, mère de deux enfants tantôt truites tantôt tornades, arpenter les rues et afficher de la poésie sauvage, ça aussi je sais faire, sophrologue, animatrice d'atelier d'écriture, jouisseuse et femme écrivant, ailleurs comme ici : https://laperspectivedelapieuvre.wordpress.com/". C’est sa première apparition dans Lichen.

3 commentaires:

  1. Coup de coeur!
    Et le blog est plein de friandises....

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  2. Certes la porte est peut-être fermée, mais votre "maison" n'est point vide...
    quant à la perte ,rions lui au nez si vous le voulez bien!

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